Amterdam Stories USA

L'usage du nouveau-monde par Caroline Lamarche

L’Usage du Nouveau Monde par Caroline Lamarche

Amsterdam Stories USA, ce sont d’abord des histoires. Et les femmes et les hommes qui les racontent. Des visages s’ouvrent puis se taisent et la voix poursuit à l’intérieur de nous, portée par la tranquillité du regard. On ne connaîtra pas leur maison, leur jardin, leurs enfants, leur métier, ou si peu. Une gravité soudaine, un signe de la main, une silhouette qui devient floue.

C’est la route. La route qui s’ouvre dès que l’on quitte ces gens. Le paysage qui se reflète sur le pare-brise, l’horizon qui court, somptueux et monotone, sur des milliers de kilomètres, et l’on sent ces milliers, par le dialogue embryonnaire des deux passagers, leur expression tendue et paisible à la fois. Ils savent où ils vont, ils ne savent pas qui sera là.

C’est Amsterdam. Ce sont quinze Amsterdam. De l’Est au Sud au Nord à l’Ouest. Quinze panneaux aux lettres blanches sur fond vert, quinze patelins perdus, d’une seule ou de deux cent cinquante âmes, rarement plus, et c’est peut-être la même chose, une ou deux cent cinquante, car il est toujours question d’âme, vieux mot que ne désavoue pas ce pays que l’on dit neuf.

L’âme comme un château de nuages, comme la lumière qui roule sur d’immenses prairies où gambadent des enfants, sur la neige foulée par une jeune fille qui ne renonce pas à ses rêves. Ou comme une larme sur la joue d’une femme éclatante, un air de cornemuse joué dans un cimetière, le souffle d’un train sur une gare fantôme. L’âme comme les yeux de celles et ceux qui ont ouvert leur porte à deux voyageurs venus d’une Europe un peu rassise, un peu myope et qui n’aime pas toujours les Américains.

Rob Rombout et Rogier van Eck installent le triangle amoureux de la rencontre dont le troisième est l’Autre, lointain et proche, l’habitant d’une Amsterdam au nom qui signifie : je suis un morceau d’Amérique. Dont le troisième est aussi, par transfusion du regard, le spectateur. Vous, moi, qui nous laissons approcher par ces visages offerts, qui entendons ces voix, ces confidences dont l’émotion est d’une qualité que l’on a un peu perdue chez nous : précise, ferme, qui illumine plus qu’elle ne bouleverse. Ou si elle le fait, c’est comme l’arbre bouge sous le vent, comme le fleuve coule, la neige crisse, la fleur pousse sur une tombe oubliée.

Nous sommes ces morceaux d’Amérique qui nous révèlent à nous-mêmes. Nous sommes ce pays où chacun est seul et perdu et relié et solidaire. Nous pénétrons, avec ce patient road-movie, dans un continent encore inconnu. Familier cependant. Nous retrouvons une famille que jusque là nous peinions à reconnaître, harassés que nous sommes par l’urbain, le clinquant, la vitesse. Nous sommes le récit en marche. Et nous aimons cette façon, antique et neuve, de raconter des histoires. Cet usage du monde qui se révèle, ici, usage du Nouveau Monde.

 

 

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